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La batellerie dans le Marais poitevin : un savoir-faire, un art de vivre

Il faut imaginer un Marais poitevin d'avant ; avant l'assèchement des marais, avant la construction des routes, avant le transport ferroviaire... Un Marais poitevin couvert de près de 9 000 barques, un marais domestiqué et exploité faisant de ses grandes villes telles que Niort, Luçon ou Marans, des pôles économiques incontournables. Imaginez ce Marais poitevin là et vous comprendrez toute l'importance de la batellerie dans son histoire et son identité.
La batellerie du Marais poitevin n'était pas une pratique marginale, l'utilisation des barques en tout genre perdura assez longtemps et les activités touristiques de promenades en barques débutèrent dès le début du XXe siècle.

Un savoir-faire, un métier, un mode de vie

Pour pouvoir se déplacer, transporter et traverser le Marais poitevin, la barque est de rigueur jusque dans les années 1950. Notons que le mot "barque", communément employé, n'est pas le plus pertinent, il est trop général tandis que les autochtones préfèrent utiliser les termes de "plate", "batai", "batia"... sachant que l'emploi de ces termes régionaux varie selon le village.

Avec 100 000 hectares de marais et près de 4000 km de voies d'eau, ce n'est pas seulement les rivières qui sont fréquentées mais également tout un dédale de canaux parfois très étroits avec peu de profondeur allant du fossé à la rigole. Ce patrimoine n'a malheureusement pas suscité beaucoup d'intérêt scientifique avant les années 1970 causant la disparition puis l'oubli progressif d'un savoir-faire et d'un mode de vie bien caractéristique.

La batellerie c'est avant tout un savoir-faire mis en œuvre dans le cadre d'un métier bien particulier : le constructeur de bateau. Cette activité représente le premier angle d'approche dans la littérature sur la batellerie en Marais poitevin. En effet, des études ont été menées sur ce thème, souvent de courtes réflexions comme La construction d'un grand bateau au marais poitevin de Raymond Rousseau ou encore Le constructeur de bateaux à fond plat à Damvix de Mme Prunier, ces recherches veulent avant tout mettre en valeur un savoir-faire.

Ce savoir-faire est incarné en Marais poitevin par un homme que nombres de chercheurs ont rencontré, il s'agit de René Durand, charpentier de bateaux à Marans. Cet homme accepte de parler de son métier et d'expliquer son art. Il collabore d'ailleurs à l'écriture d'un ouvrage qui paraitra en Septembre : Quatre générations de charpentiers de bateaux, Marans et le Marais poitevin. Cette activité a également donné lieu à des études plus poussées telle que le mémoire de maîtrise d'Eric Frenée, Étude ethnoarchéologique de la batellerie de la Sèvre Niortaise, une recherche bien documentée qui aborde la physionomie de la Sèvre, les différents types de bateaux, les activités et les sources utiles pour l'étude de ce sujet.

L'intérêt et le défi de telles recherches restent aujourd'hui le témoignage car il s'agit de pratiques en voie de disparition, les témoignages sont rares, ils sont donc très précieux. Le petit livre synthétique Le batai, le bateau plat du marais poitevin, monographie du batai faite par l'ethnologue Nathalie Barreau, alterne des explications avec des récits de maraîchins et toute sa saveur vient de là : le goût du vécu, le ressenti de la pigouille et l'amour d'une vie lente et laborieuse. Si vous passez à la salle consacrée à la batellerie dans la maison du Marais poitevin à Coulon, sachez qu'il vous est possible d'écouter le témoignage de monsieur Morin sur la construction d'un bateau à fond plat. Ce témoignage est d'ailleurs extrait du film Charpentiers en bateaux, empruntable au Centre de ressources.

Difficile d'envisager un outil de travail comme une activité de loisirs et pourtant...

 

Quand les touristes remplacent les marchandises...

Avec le temps, la notion de loisir change et imprègne un peu plus la société. Or quoi de plus pratique et de plus pittoresque qu'une balade en barque pour découvrir un marais encore bien mystérieux, presque exotique pour les gens de la ville ?

On attribue le début des activités touristiques en barques au début des années 1920, cela est vrai dans un perspective populaire. Cependant, dès la moitié du XIXe siècle un petit canotage réservé à l'élite urbaine a été observé, il s'agit alors pour les riches commerçants de Niort de découvrir leurs proches campagnes et d'admirer les ruines très romantiques de l'abbaye de Maillezais. Ce climat à la fois bucolique et élitiste n'est pas sans rappeler « Une partie de campagne » film de Jean Renoir de 1946 adapté d'une nouvelle de Guy de Maupassant.

Mais la véritable batellerie touristique nait dans les années 1920 ; toujours réservées à des clients aisés, les promenades en barques s'organisent sous l'impulsion de pionniers comme ont pu l'être « l'Amiral Clochard » ou Célestin Cardinaud. L'utilisation de la promotion se systématise, les cartes postales d'époques étant aujourd'hui le meilleur témoignage de ces nouvelles pratiques. Vous pouvez d'ailleurs aller consulter la plupart de ces cartes postales numérisées sur le site de la Médiathèque du Parc, vous y rencontrerez entre autre Célestin Cardinaud, les plus beaux embarcadères du marais mouillé ainsi qu'une rétrospective des promenades en barques à travers tout le XXe siècle.

Puis viennent les congés payés en 1936 : le tourisme, d'abord de proximité puis de plus grande envergure, se développe donnant un peu plus d'élan à la batellerie du marais car bien vite les maraîchins en comprennent le potentiel économique.

A partir des années 1950, la visite du Marais poitevin en barque devient incontournable, de véritables embarcadères destinés à cette fin sont créés et depuis la production d'instrument de promotion n'a jamais cessé, désormais relayé par les médias virtuels : la batellerie actuelle dans le Marais poitevin constitue une activité touristique très importante.

 

Divertissement et souvenir : la batellerie dans le marais d'aujourd'hui

Les balades au fil de l'eau sont devenues le premier moyen de découverte du Marais poitevin, hélas presque exclusivement du marais mouillé (des embarcadères de canoë et de barques sont pourtant situés en Vendée, à Saint-Benoist-sur-Mer et à Longeville-sur-Mer). Désormais les bateaux en fer et surtout ceux en fibre de verre prennent le pas sur les bateaux en bois. Et les très controversés engins à moteurs comme les « Capucines », les « bateaux-mouches » ou encore les « house-boat » s'immiscent peu à peu dans le paysage.

Le problème du maintien du niveau d'eau pour la navigation estivale demeure mais à côté de cela, l'activité de batellerie s'est organisée et réglementée. Le « syndicats des bateliers » permet de structurer l'offre tandis que l'Unité Sèvre et Marais de la Direction Départementale des Territoires des Deux-Sèvres assure le contrôle et l'homologation des embarcations. De plus, un label qui est attribué aux différents embarcadères en fonction du respect de plus de 150 points de conformité et une une charte qualité vient compléter un dispositif global de développement durable mené par le Parc du Marais poitevin.

Aujourd'hui l'image de la barque traversant les canaux de la Venise verte est présente chez une très grande partie des Français, le batai est presque devenu une allégorie du marais mouillé. Voilà pourquoi la quasi-totalité des productions livresques sur le Marais poitevin contiennent des images de batellerie car ce sont celles qui incarnent le mieux l'identité du Marais, un marais qui vit au rythme de l'eau. Mais c'est aussi parce que le visuel de la barque fendant les lentilles d'eau sous la gouverne d'un batelier autochtone est ce qu'on attend du Marais tel qu'on aime l'imaginer et le rencontrer.

Toute cette iconographie batelière peut être retrouvée dans les ouvrages du Centre de ressources, un des plus conséquent, Se souvenir du Marais Poitevin, parcourt de pages en pages toutes les communes de notre Marais et il est presque systématique de rencontrer une barque pour chacune. Marais Poitevin, les rives du passé relate des instants de vie à grand renfort d'images anciennes souvent inédites or les instants de vie des maraîchins se passaient au bord de l'eau, si ce n'est sur l'eau. Là encore, même si elle n'est pas l'objet du livre, la batellerie s'insinue à travers les pages à la faveur d'une partie de pêche, d'un artisan ou de quelques touristes...

Cette omniprésence de la barque est visible dans de nombreux livres présents au Centre de ressources, malheureusement il n'en existe pas encore qui traite le sujet spécifiquement ; pour découvrir l'importance de la batellerie dans le Marais poitevin, il faut parcourir des livres plus généraux, des recueils photographiques, des témoignages d'anciens, des contes et des revues (le Journal du Marais Poitevin ou encore le Picton) vers lesquels nous ne manquerons pas de vous orienter.

 

 

Le Centre de ressources est ouvert au public les mercredis de 9h30 à 12h et de 14h30 à 17h30 et tous les autres jours de la semaine sur rendez-vous. Vous pouvez nous joindre au téléphone au 02 51 28 41 11 ou au 02 51 28 41 12 et par courriel à l'adresse : centre.ressource@parc-marais-poitevin.fr

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